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Marie Audran
Eat, Art, Alter
L'une des formes du prolongement
du Eat Art - voilà comment pourrait se définir
la galerie Fraîch'Attitude. En ce sens, elle serait
la première galerie en Europe dérivée
de l'idée du Eat Art, néologisme (littéralement
" manger l'art ") inventé en 1970 par Daniel
Spoerri, qui utilisa la nourriture comme matériau de
création et l'inscrivit ainsi dans son processus artistique.
Dès 1960, son " tableau-piège ", qui
fixait l'état momentané d'une table après
un repas, esquissait le fondement du Eat Art, concept perpétué
encore par sa mémorable exposition " L'Epicerie
" organisée à Copenhague en 1961. A cette
occasion, Spoerri transforma la galerie d'Addi Koepcke en
véritable épicerie où les clients-visiteurs
pouvaient acheter des produits alimentaires marqués
du sceau " Attention uvre d'art-denrée périssable
".
Quarante ans après l'émergence
du Eat Art, la galerie Fraîch'Attitude, inaugurée
à Paris en avril 2001, se situe aux limites de l'Eat
et de l'Art, aux frontières du " manger "
et du " créer ", de l'alimentaire et de
l'artistique, de l'élémentaire et du sophistiqué,
du comestible et du plastique, de la matière brute
et du design culinaire. Il s'agit d'un lieu de croisement
entre le manger de l'art et l'art d'imaginer de nouvelles
façons de manger.
On y mange et l'on y pense, donc. On y goûte et l'on
y discute. On y mijote et l'on y expose. L'essentiel, sans
doute, étant de penser à manger beau, bien
et sain. Mais c'est aussi et surtout le lieu de l'alter
- altérité et altération.
Altérité d'abord, car cuisiner, élaborer
un plat, recevoir, dîner, festoyer, se régaler,
" ripailler "
supposent l'invitation, l'échange,
la convivialité, la fête, l'ouverture au goût
des autres. Le copain n'est-il pas celui avec qui on rompt
le pain, et l'ami, celui avec qui l'on partage la mie ?
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Altérité, encore, car la galerie accueille
des artistes de tous les continents, de toutes les expériences
: de La Petite Fabrique des Goma (ce trio de fées
japonaises créatrices d'un micromonde enchanté
de villes-gâteaux, de courses de voitures en légumes,
de recettes poétiques
) aux offrandes comestibles
de Dorothée Selz, la " Baby " du Eat Art,
en passant par l'exposition dédiée au Nano
(l'art de l'infiniment petit), les purées décomposées
d'Anne Guillaume, les traditionnelles sculptures de fruits
thaïlandaises jusqu'aux installations organiques à
cristaux multicolores des Suisses Gerda Steiner et Jorg
Lenzlinger (à venir)
Altération, également, au sens de mouvement
et de métamorphose, de vie et de mort de l'aliment.
Car celui-ci se transforme perpétuellement. Son existence
est impermanence. C'est ce qui lui confère cette
magie de l'éphémère, ce " je ne
sais quoi " de condensé de vie humaine : il
fait tout plus vite que nous ! Qu'il soit fruit ou légume,
il pousse, croît, mûrit et meurt en quelques
jours... Intensité d'existence et fulgurance des
sens ! Délices de l'éclipse !
Sitôt le goût apparu sur le palais, il disparaît
à jamais pour réapparaître, différent
toujours. Telle la tendance ou la mode. Chaque goût,
chaque ton d'un aliment, dans un contexte donné,
est unique, inédit, comme le coup de pinceau du maître,
l'instant décisif du déclic de la photo, la
saveur du plat d'un grand chef. Pièce unique ! Les
fruits et les légumes changent de couleur et d'odeur
sous l'effet des saisons et des cuissons.
Et quand l'aliment devient art, il bouscule la notion d'éternité
de l'uvre. Il transforme la vision de l'art parce
qu'il se transforme lui-même. Et c'est, sans doute,
cela aussi, la Fraîch'Attitude : penser le changement.
Contacts
presse
Les visuels accompagnant chaque exposition et illustrant
les dossiers de presse sont disponibles sur demande au
01 49 49 15 15.
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